La dictature des dictons

Updated: Oct 21, 2019

Un : tiens ! vaut mieux que deux : tu l’auras ! - On n’a rien sans rien - No pain no gain - On ne peut pas avoir le beurre, l’argent du beurre et le sourire de la crémière. Rien n’est jamais facile dans la vie - Ou encore : C’est trop beau pour être vrai…

W . T . F !!!!?????? Sérieusement ?


As-tu remarqué à quel point les dictons jalonnent notre vie ? Combien ils imprègnent notre façon de voir la vie, de vivre notre vie, de colorer notre pensée ?

L’air de rien, ces petites phrases sont des assassins de nos idées et de nos projets, des actions que nous souhaitons mener. Elles tuent dans l’œuf la plupart de nos envies, de nos espoirs, de nos aspirations avant même que nous envisagions vraiment de nous mettre en action… Et si elles ne les tuent pas, elles en limitent l’envergure ou en rendent l’accès difficile.

Or, ces dictons ne sont rien d’autres que des croyances.


Le dicton n’est rien d’autre qu’une croyance


Une croyance est un lien de cause à effet, une espèce de codage que le cerveau fait, suite à une série plus ou moins grande d’événements. Ces événements peuvent être un événement suffisamment traumatisant pour que l’impact soit immédiat (je me fais agresser la nuit, donc la nuit est dangereuse), une série d’événements moins graves, mais un minimum répétitif (« j’ai accordé ma confiance à plusieurs reprises et ai été trahi ensuite, j’en conclus que faire confiance ne sert à rien, de toutes façons on se fait toujours trahir »), ou encore, un conditionnement éducatif (« la chance, c’est pour les autres ») ou sociétal (ah tiens ! voilà notre dicton : « On ne peut avoir le beurre, l’argent du beurre et le sourire de la crémière »).

Des recherches ont montré qu’il suffit de seulement deux répétitions pour que la croyance s’installe. DEUX !!


On peut imaginer que le système de création d’une croyance relève de notre instinct de survie : notre cerveau, dans son objectif de nous protéger, est à l’affut de toute expérience désagréable et s’emploie à les repérer ainsi qu’à élaborer rapidement une stratégie afin de l’éviter. Par ailleurs, l’être humain est également naturellement avide de sens : la croyance lui en donne un.


Les croyances structurantes sont les plus impactantes et prégnantes dans notre vie. Elles sont structurantes lorsqu’elles sont le résultat d’une conclusion faite à l’issue d’une première expérience (souvent la petite enfance, cette dernière étant jalonnée de plein de « premières fois »), à l’issue d’une expérience suffisamment impactante (un traumatisme), ou encore à l’issue d’une répétition sur une longue période.

Le cerveau va dorénavant tenir compte de ces expériences dans le choix de la stratégie appropriée, et parfois en toute illogique. C’est à ce moment que nous déclarons par exemple : « je ne comprends pas pourquoi je fais cela, c’est plus fort que moi ! » ou encore « à chaque fois c’est pareil, je sais que je ne devrais pas avoir peur (par ex de mon patron), mais j’ai peur malgré tout ! ».


Le pouvoir insidieux du dicton


Le dicton agit donc comme une croyance et nous limite dans notre vie. L’ennui c’est qu’il est si ancré dans notre mode de pensée, que nous ne prêtons même pas attention au nombre de fois où nous y avons recours ni dans quelles circonstances. Il est même à parier que nous y avons recours « à l’insu de notre plein gré » …

Je me souviens que lorsque j’étais enceinte de mon deuxième, on me faisait la réflexion : « tu vas voir, avec le deuxième, ça va être différent. Il ne sera pas aussi facile que ta première (ma première était « facile »). On ne peut pas tout avoir : « le beurre, l’argent du beurre , … ». J’ai toujours été interloquée par ces réflexions. D’abord parce que j’avais la nette impression que ces gens souhaitaient que ça ne soit pas aussi facile pour moi pour le deuxième que pour le premier et ensuite, pourquoi cela devrait-il forcément se passer comme ça et ensuite, pourquoi ne pourrions-nous pas avoir le beurre, l’argent du beurre et même le sourire de la crémière ?


Parce que si on peut comprendre la valeur ajoutée de ce dicton en ce qu’il est aidant pour gérer la frustration lorsque nous ne parvenons pas à obtenir tout ce que nous voulons, c’est également un puissant limiteur ! Amel Bent dit dans sa chanson : « viser la lune, ça ne me fait pas peur ». Pourquoi ne pas voir grand ? Pourquoi ne pas vouloir tout ? « Un : tiens !, vaut mieux que Deux : Tu l’auras ! ». Surtout limitons-nous. Evitons de voir grand, de voir beau, de voir … joyeux tout compte fait.

Car quand on y pense, qu’y a-t-il de plus joyeux ? « On ne peut pas tout avoir dans la vie » ou « Décrocher la lune » ?


Quelques dictons à la loupe…


« Trop beau pour être vrai » : donc, si une belle chose arrive, il est plus prudent de ne pas y croire. C’est effrayant, ce constat. Car cela veut dire qu’alors qu’une croyance limitante peut s’installer au bout de deux répétitions seulement, ou une expérience positive, pouvant potentiellement servir de terreau à notre système de croyances porteuses qui iront nourrir notre confiance et notre estime de nous-mêmes, et nous permettre en définitive de réaliser de grandes choses, va être d’office mise aux rebuts. Le tout en refusant purement et simplement de reconnaitre son existence, fût-ce-t-elle tangible.

Et je ne parle même pas de l’incohérence de croire à un dicton sans le remettre jamais en question dans une société où tout doit être prouvé scientifiquement pour être crédible. Le nombre de fois où, lorsque je fais part de mon intuition, on me répond «oh, moi, tu sais, je suis plutôt cartésien »…


« No pain, no gain » ou, dans la même veine, “On n’a rien sans rien”. Quoi ? Donc, nous nous conditionnons nous-mêmes à ce que les choses soient difficiles d’office sans même envisager que cela puisse être facile. Je ne dis pas que tout peut être facile. Mais soyons sérieux, tout n’est pas non plus difficile, nous pouvons gagner sans douleur (gain without pain is possible), et oui, on peut avoir sans efforts : et les gens qui gagnent au loto alors ? ? ? J’ai vu un jour un reportage à propos de Bernard Tapie, à sa grande époque de gloire, où il expliquait qu’il n’entreprenait rien si cela ne l’amusait pas. Le point de départ pour tout projet pour lui était l’envie de faire un truc qui l’amusait. Le petit d’homme, donc nous bébés, apprend en jouant. Pas en peinant. Non, en jouant. Et pourtant c’est dans la joie, la curiosité et l’amusement que le petit d’homme apprend, rien de moins qu’à marcher, parler, manger … les bases sont apprises dans la légèreté et par le jeu !


« Un : tiens ! , vaut mieux que Deux : Tu l’auras ! ». Ouah. Ou comment se contenter de ce qu’il y a plutôt que d’avoir l’exigence d’attendre ou de viser mieux, plus adéquat, plus quoi !


"Choisir c’est renoncer"

Même si un choix suppose que l’on décide entre deux choses, et que donc, nous renonçons à celle que nous ne choisissons pas, il est quand même aussi possible de nuancer le concept. D’abord, on n’est pas obligé de renoncer ad vitam. Il est possible que nous soyons obligés d’y renoncer un temps, mais pas impossible d’y revenir plus tard.

Par ailleurs, l’une des choses que l’on nous apprend en formation de coaching, est de proposer aux clients de « mettre un ET là où ils mettent un OU ».
Ça change tout, pas vrai ?

Et pourquoi devrait-on renoncer ? Pourquoi ne pas juste mettre une priorité ? ET même, pourquoi ne pas trouver le moyen de combiner ? N’y a-t-il qu’une façon de faire, à savoir, celle de mettre à la poubelle l’un ou l’autre ?

Cela serait-il « trop beau pour être vrai » ? (encore un beau, celui-là, vous ne trouvez pas ?).


"C’est plus facile à dire qu’à faire"

Celui-là, c’est le dicton des personnes qui n’osent pas. C’est le dicton des procrastinateurs. Puisque c’est plus facile à dire qu’à faire, alors, ne le faisons pas ! La belle excuse… Parce qu’en vrai, il est souvent avéré que c’est tout à fait faisable, c’est juste une question de perspective. Peut-être cela demande-t-il du temps ? De l’organisation ? De la patience ? De la créativité ? En tous cas, rien ne dit que ça soit moins facile à faire qu’à dire. . .


"Les chiens de font pas les chats"

Voilà un beau moyen de perpétuer des comportements issus de la culture familiale. Tant qu’il s’agit de croyances porteuses (papa réussi bien dans tel domaine, le fils aussi, être bon en sports, comme papa, être doué en maths, comme maman, être marrant, comme son parent), tout va bien. Mais lorsqu’il s’agit d’une croyance limitante (Dans notre famille, nous n’avons pas de chance, nous sommes des littéraires – donc nuls en maths), ou que cela oblige les enfants à perpétuer une tradition familiale d’orientation de carrière par exemple, là, cela devient plus gênant.


"Il ne faut pas courir deux lièvres à la fois"

Mais pourquoi donc ? Même s’il est compréhensible de s’imaginer qu’on est plus efficace lorsque l’on se concentre sur une chose à la fois, pourquoi ne pas tenter d’en faire deux ? Pourquoi ne pas avoir envie de mener deux projets de front ? D’autant que quantité de personnes le font. Rien qu’une maman, elle le fait tout le temps : elle bosse et en même temps elle éduque les enfants (même si les hommes s’investissent davantage qu’auparavant, statistiquement, ce sont les femmes qui ont cette charge).

La métaphore est suffisamment parlante que pour se le représenter. Tente un peu de courir après deux lièvres pour voir ? A un moment donné, l’un d’entre eux va prendre une direction opposée à l’autre, et tu n’arriveras plus à courir derrière les deux. En effet. Mais ça, c’est uniquement si tu ne fais que leur courir après. . . Tu peux décider d’en attraper un et de courir derrière l’autre. Tu peux te munir d’outils pour les attraper. Tu peux utiliser ta créativité. Tu peux te faire aider…


"Il faut souffrir pour être belle"

Celui-là, je l’adore ! Déjà, c’est souffrir pour être belle et non pour être beau. Soit l’injonction ne s’adresse qu’aux femmes, et les hommes peuvent se permettre de rester moches. Soit ça présuppose que les hommes sont beaux à l’état naturel… ça me fait quand même bien rire. Ensuite, la beauté étant toute relative, personnelle, une vraie histoire de perception, il faudrait être complètement stupide et maso à la fois pour se faire souffrir pour atteindre une beauté qui ne sera de toutes façons pas appréciée de tout le monde, chacun ayant ses goûts : « les goûts et les couleurs ça ne se discute pas » (pour une fois, en voilà un qui est un peu intelligent, tiens, comme dicton).

Parce qu’on ne peut pas être belle sans souffrir non plus. Peut-être est-ce un truc patriarcal destiné à tenir les femmes sous le joug des hommes ?

Et parce que la beauté, enfin, c’est de l’extérieur, évidemment, … Alors que la vraie beauté, vient de l’intérieur, cette énergie, cette aura qu’on a et que nous dégageons. C’est ça, la vraie beauté.


Ne pas se laisser diriger par les dictons


Si le dicton est une croyance, bonne nouvelle, une croyance n’est aucunement une loi physique terrestre immuable. C’est juste une représentation de l’esprit. Et ça peut se changer. Ce qui est hautement souhaitable, en fait. Se libérer de ces injonctions, c’est retrouver de l’espace pour agir. Ce sont des portes que tu peux désormais ouvrir pour aller regarder ce qu’il y a derrière.

Le dicton, la croyance, c’est comme des lunettes de soleil à verre teintés.

Il n’est pas toujours facile d’en changer, certes. Les croyances structurantes, qui ont donc été créées tout petit, sont souvent associées à la survie et donc, peuvent être difficiles et longues à détricoter. Il faudra persuader l’esprit que la détricoter n’est pas un danger.

Sans compter que l’esprit ayant horreur du vide (même notre monde n’aime pas le vide) - dès qu’il y a du vide, il est rempli par quelque chose. Du coup, détricoter une croyance, un dicton, nécessite qu’il soit remplacé par quelque chose : une croyance porteuse.

Comment donc ?


Identifie les dictons qui président à ta vie

Par exemple, ces dictons que tu répètes souvent, ou que tu entends souvent dans ton quotidien. Ta mère qui te dit « en avril ne te découvre pas d’un fil ! ». C’en est un. Je suis certaine que tu hésites à te balader en Tshirt en avril si tu as eu une mère qui t’a répété ça dans ton enfance ou encore maintenant…


Évalue dans quelle mesure cela relève de la croyance structurante (depuis tout tout petit) ou non structurante (croyance récente)

Et donc, si cette croyance s’est formée quand tu étais tout petit, soit parce que tu l’as entendue souvent, soit par expérience (genre « moi je n’ai jamais de chance » parce que depuis tout petit, quand tu joues à pile ou face, tu perds, ou bien parce que tu t’es entendu dire « On ne peut pas tout avoir… » ). Ou si cette croyance s’est formée plus tard, jeune, ou adulte, genre « trop beau pour être vrai », la croyance des adultes qui pensent que leur relation amoureuse, ça ne va pas durer, ce n’est pas normal que ça se passe si bien, c’est « trop beau pour être vrai »).


S’agit il d’une croyance personnelle, familiale, sociétale, culturelle, religieuse ?

Demande-toi si c’est une croyance bien à toi, ou si c’est une croyance que tu entends souvent dans ta famille, ou bien que c’est culturel ou religieux.


Qu’est ce qu’il t’en couterait de t’en séparer ? Qu’y gagnerais-tu, au contraire ?

C’est toujours mieux de savoir à quel point cette croyance te rassures. Que se passerait-il si tu décidais qu’elle n’aura plus d’impact pour toi ? Est-ce que cela serait libérateur ou bien sera-ce stressant ? Qu’aurais-tu à gagner ? Qu’est-ce qui changerait ?


Par quoi , de plus léger, de plus porteur, puis je le ou la remplacer ?

Perso, j’aime bien le GBS (Gros Bon Sens). C’est souvent meilleur conseiller que les dictons. Qu’est-ce que le GBS te suggère à la place de ce dicton qui t’empêche de vivre comme tu l’entends, de vivre pour toi ?

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